Déclaration au gouverneur Noyer lors de son dernier CCE

19-10-2015
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Monsieur le Gouverneur,

Pour marquer votre départ après douze ans à la tête du gouvernement de la Banque de France, le simple fait d'être une organisation syndicale nous commande d’exprimer combien la politique dogmatique que vous avez conduite, en matière de gestion des activités comme des ressources humaines de notre Institution, se traduit concrètement aujourd’hui par des conséquences néfastes pour l’accomplissement de nos missions comme pour les personnels qui les assument.

Vous laisserez surement entendre que vous avez eu le mauvais rôle dans cette grande période de changement et de transition. Mais le personnel n'est pas dupe, c'est bien une politique idéologique de casse du service public que vous avez imposée.
 
Contrairement à ce que vous avez souvent exprimé, les missions de la Banque ne constituent pas qu’une juxtaposition de tâches hétérogènes imposées par les circonstances. Du point de vue de la CGT, nos missions sont au contraire cohérentes entre elles et ont en commun de contribuer à un même service public : garantir la confiance des citoyens dans leur monnaie.
 
Mais comment les agents de la Banque, dont vous avez régulièrement reconnu le professionnalisme sans pour autant augmenter équitablement les salaires depuis fort longtemps, pourront-ils continuer à garantir cette confiance demain ?
 
Les effets du plan de soi-disant modernisation que vous avez initié, censé mener l’entreprise vers 2020, commencent à se concrétiser : les constats dans les services sont catastrophiques, le niveau des dégâts étant proportionnel au sous-effectif et à l’inadéquation des projets engagés par rapport aux réels besoins des unités.
 
Que ce soit à l’ACPR, où la charge de travail moyenne est colossale du fait des recrutements de la BCE, dans le réseau où la souffrance au travail s’étend au fil des départs en retraite que vous faites le choix de ne pas remplacer, au siège où la désorganisation règne et où la dictature des statistiques fait loi, dans les centres administratifs et dans les centres industriels où les incertitudes quant à l’avenir ne cessent de croître, tout laisse penser qu’à très brève échéance le personnel ne sera plus en mesure d’assurer correctement cette mission d’intérêt général.
 
A la Fabrication des billets d’abord : si nous nous réjouissons de la création du « pilier » public européen dont nos centres industriels sont la pièce principale, la filialisation de la papeterie que vous avez décidée alors que d’autres solutions étaient possibles, accompagnée d’une dégradation inacceptable des conditions d’emploi des nouveaux embauchés par rapport à leurs collègues, ne peut que fragiliser dangereusement tout le projet. L’absence d'ouverture de négociation sur le fond vous rendra seul responsable d'un éventuel échec du projet. Vous prétendez faire fabriquer un produit « high tech », le papier fiduciaire, par des salariés « low-cost », sous prétexte de respecter un plan de financement soit disant fragile, après avoir enfin réalisé des investissements dont une partie du coût élevé est due à des retards et à un attentisme coupable dont vous êtes le premier responsable. Quant au projet « Refondation » concernant l’imprimerie, dont vous nous avez caché l’existence jusqu’à très récemment alors qu’il est, de la bouche des élus locaux, fort avancé, il est révélateur de votre approche du dialogue social et du respect des personnels et de leurs représentants, que nous sommes tous ici.
 
Le résultat est là : alors qu’il aurait pu facilement en être tout autrement, les agents comme leurs représentants sont vent debout face à votre gestion du secteur industriel de la Banque de France.
Concernant la circulation fiduciaire, alors que la confiance dans les billets dépend de la façon dont leur entretien est assuré et que la loi confie à la Banque la mission de veiller à la qualité de la monnaie fiduciaire, votre stratégie, depuis dix ans, a visé à confier jusqu’à 50 % de cette tâche à des opérateurs privés sans aucune garantie de maîtrise de la filière. La concentration des centres de traitement des billets en quelques points du territoire, au détriment de la sécurité et des services rendus à nos usagers en est l’illustration, votre fameux projet DEFI se concrétise par des suppressions d’emplois et une dégradation des conditions de travail et des perspectives de carrières des agents de caisse, dont les plus jeunes n’ont qu’une envie : changer de métier !

Dans le réseau l’amertume est la même et la pseudo démarche collaborative qui vous a permis, à grand renfort de consultants externes, de faire croire aux agents concernés qu’ils étaient partie prenante de l’avenir de leur unité a fait long feu : pour eux, le concept de succursale de présence de place n’est qu’une coquille vide, et qu’il s’agisse des futures modalités d’accueil du public, des nouveaux postes d’entraide régionale ou de la nouvelle répartition des tests de conjoncture entre les agents de tous les services par exemple, les nouvelles organisations sans cesse mises en place ne sont que de piètres artifices pour tenter de gérer la pénurie des effectifs. Par ailleurs, lorsqu’ils se rendent compte que pour quitter les immeubles historiques, dans de nombreuses villes de province les directions cherchent à louer des locaux qui n’existent pas dans la configuration retenue dans votre projet, les agents sont atterrés du décalage qui existe entre les dirigeants de l’entreprise et la réalité de leur vécu. Eux ont une très forte préoccupation : parvenir encore, avec la compétence nécessaire, malgré les obstacles que votre gestion du réseau leur impose d’affronter, à rendre le service public de proximité dont ils savent que les citoyens, les entreprises et les collectivités ont besoin.
 
Quant à l’externalisation des « métiers de moyens » (informatique, immobilier, sécurité et sûreté, gestion administrative, logistique…) que vous avez engagée, l’expérience a démontré qu’il n’y a pas là les « gisements de productivité » attendus et qu’au contraire l’externalisation d’une fonction logistique et administrative se traduit très régulièrement par des coûts plus élevés pour une efficacité moindre.
 
Alors qu’au siège et dans les centres administratifs les réorganisations souvent accompagnées de projets d’externalisations à peine expliqués, et en tous cas non justifiés, se multiplient, beaucoup d’agents s’inquiètent également pour l’avenir de leurs activités. Les conditions de travail de nombre d’entre eux se sont largement dégradées ces dernières années, et le projet de La Courneuve est un exemple de réorganisation ne prenant en compte ni leurs demandes ni leurs inquiétudes. Résultat : seuls 8% des personnels concernés sont disposé à s’y rendre. Quant au blocage pendant cinq ans des nouveaux entrants sur leur premier poste, il est inadmissible pour ces jeunes recrues et révélateur d’une perte de maîtrise des conséquences de vos projets : votre gestion des ressources humaines est rigide et archaïque, souffrant des multiples contraintes que vous vous êtes vous-mêmes imposées.
 
Vous n’avez pas su, Monsieur le gouverneur, entendre l’aspiration du personnel à de bonnes conditions de travail, au respect de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, à davantage d’équité et de reconnaissance.
 
Des missions de service public demandent une gestion de service public, et comme l’indiquait le contre-projet unitaire intersyndical « pour la Banque de France en 2020 » que la CGT continue de porter, concevoir la Banque comme un service public c’est placer la gestion de son personnel dans le cadre d’un statut permettant d’associer indépendance professionnelle des agents, reconnaissance de leurs qualifications sur la base d’un large accès à la formation professionnelle continue, mobilité professionnelle choisie à l’intérieur et à l’extérieur de la Banque, sécurité des déroulements de carrières et transparence des rémunérations.
 
Les attaques contre le statut ne vont pas dans ce sens. Vous n’avez pas, Monsieur le gouverneur, voulu gérer l’Institution comme un véritable service public utile à toute la société, et n’avez cessé, pendant toutes ces années, de tenter d’en réduire la portée.
 
Le personnel en est conscient, la distance qui le sépare de son principal dirigeant est immense et son incompréhension a encore grandi dernièrement lorsqu’il a été informé du financement d’un tableau par la Banque pour 80 millions d’euros, alors que le résultat des « négociations » salariales cette année a été ridicule.
 
Nous ne pouvons que regretter ce décalage entre un gouverneur qui ne fait que passer, et les agents de la Banque de France qui eux restent, dans une entreprise reconnue comme un modèle social il y a encore peu de temps. Et vous en êtes le principal responsable.
 
La commission exécutive nationale
 

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