il faut « tailler » dans le superflu

24-11-2015
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1 Selon vous, quels impacts le changement climatique aura-t-il sur les sociétés à court, moyen et long terme ?

L’être humain a été éduqué au mythe de l’homme tout puissant qui domine la nature et la façonne à sa guise. Nous sommes arrivés à la limite de ce modèle capitaliste et productiviste qui épuise les ressources naturelles à très grande vitesse. Si tous les habitants du monde avaient le niveau du revenu moyen européen il faudrait 5 planètes. Ce n’est pas une crise climatique, c’est l’effondrement d’un système. 

Nos dirigeants font semblant d’appuyer sur le frein avec un discours lénifiant sur le développement durable, alors qu’ils appuient à fond sur l’accélérateur. Il n’y a qu’à voir les appels à l’innovation, les subventions accordées, tous les projets qui sortent concernant les nanotechnologies, la biologie de synthèse, le numérique, les objets connectés, la robotique, etc… Tout le monde s’émerveille face à ces nouveautés, mais la voie que nous poursuivons est en réalité mortifère, tant du point de vue de la consommation de ressources et d’énergie que de la génération de déchets électroniques ingérables.

Il est aussi question de se poser les vrais problèmes : il est insensé de croire que l’on peut réduire les émissions de gaz à effet de serre significativement sans réduire massivement notre consommation énergétique. De ce point de vue, la « croissance verte », qui élude la question de nos modes de vie, est une mystification absolue. Il faut résister aux sirènes de tout bord, aux bonimenteurs qui nous promettent le meilleur des mondes, avec un confort, une mobilité, une consommation inchangés, tout en ne polluant pas.

Le changement climatique est irréversible, nous ne pouvons que le freiner. Il va entraîner de plus en plus de migrations de populations cherchant des lieux où vivre dignement. Il y aura plus de phénomènes climatiques violents, l’énergie sera plus chère compte tenu de la raréfaction des ressources en énergie fossile et également en métaux. Il faudra apprendre à vivre plus sobrement pour moins dépenser cette énergie que nous n’aurons plus, sobriété ne voulant pas dire « retour à la bougie » mais une vie plus respectueuse de la nature. Indépendamment de cette obligation à la sobriété, nous avons un devoir de désobéissance massive à l’injonction de consommer pour regagner des espaces de dignité et de liberté. C’est une occasion unique de changer notre mode de vie vers une sobriété heureuse. Il est donc nécessaire d’aller vers une décroissance globale de la production car les ressources en énergie, métaux et eau ne seront pas suffisants à perpétuer ce modèle : Il y aura bien sûr des secteurs qui vont croître (isolation des bâtiments par exemple) mais d’autres devront décroître (transports aériens).

Quels sont les acteurs qui sont le plus à même de contribuer au financement de la transition énergétique ? Pourquoi et comment ?

L’Etat et les collectivités territoriales, bien sûr, par leurs politiques publiques qui peuvent être fortement incitative. Comme ce qui se fait actuellement mais trop timidement ; aider les citoyens à faire tout travaux permettant d’économiser de l’énergie (crédit d’impôt, subvention directe, etc…).

Ce devrait être les banques qui ont une mission de service public de création monétaire au service des citoyens. Mais malheureusement, seul le profit les anime.

Les citoyens dans leur ensemble au moyen du financement participatif qui prend de l’ampleur et qui pourrait être orienté vers des projets écologiques, donc respectueux de l’homme et de la nature.

La banque centrale a-t-elle une responsabilité dans la lutte contre le réchauffement climatique ? Par quel mécanisme peut-elle y contribuer ?

La banque centrale dirige le taux d'intérêt du marché de refinancement au jour le jour des banques commerciales. Elle a une grande responsabilité car elle délivre des liquidités aux banques sans se soucier de la finalité de l’utilisation de ces crédits. En instituant la sélectivité des crédits on pourrait favoriser les crédits distribués pour lutter contre le réchauffement climatique en appliquant des taux bas aux projets vertueux écologiquement et des taux élevés aux crédits consentis pour des projets accélérant le réchauffement climatique. Mais cela demande le changement de statut de la BCE qui est indépendante des gouvernements mais pas des marchés financiers.

Essayons donc de convaincre que notre Banque de France peut et doit agir dans ce domaine en réorientant la création monétaire vers des projets soucieux de justice sociale et d’écologie.

En attendant le renversement complet du système capitaliste et de la mentalité productiviste (bien ancrée hélas aussi à gauche), quelques pistes de chantiers en dehors des plus classiques souvent énoncés comme isolation des bâtiments, généralisation des transports en commun, etc…:

·         Bannir les objets jetables

·         Brider la puissance des automobiles, alléger leurs poids

·         Rechaper les pneus systématiquement

·         Standardiser les formats des bouteilles, des pots de yaourt et des flacons pour réintroduire la consigne et la réutilisation généralisées

·         Relocaliser l’agriculture et certaines productions

·         Etc…………………………………………………..

Techniquement nous avons les moyens de conserver l’essentiel de notre façon de vivre mais en s’organisant différemment d’aujourd’hui : il faut « tailler » dans le superflu.

Philippe LAC

 

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