Compte rendu "La crise financière est-elle finie ?"

21-10-2007

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Article tiré du site : http://www.apses.org/spip.php?article880&artsuite=0#sommaire_5

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Christian De Boissieu, nous fait l’honneur d’être le premier intervenant du Café sciences sociales. Malgré une soirée agitée au stade de France où il assiste à la finale de Rugby, à la question « la crise financière est-elle finie ? », il apporte en ce dimanche matin d’automne ensoleillé, au café des associés à la Bastille, un éclairage limpide en quatre points :

1-Quels sont les causes de la crise ?

Tout le monde s’est fait surprendre par la crise, même ceux dont le métier est de prévoir le risque de crédit. L’HSBC donne l’alerte mais prêche dans le désert. Pourtant, des signes tangibles expliqueraient la crise : Depuis le milieu de l’année 2006, on assiste à la baisse des prix des logements aux Etats-Unis, ce qui pose un problème aux emprunteurs du fait du système de « l’hypothèque rechargeable » : La valeur du bien gagé baisse : le piège du surendettement risque de se refermer sur les emprunteurs fragiles dès lors que la bulle immobilière éclate.

2-En quoi cette crise est-elle paradoxale ?

On assiste à une crise de liquidité dans un contexte ou la liquidité dans le monde n’a jamais été aussi abondante. En effet, les taux d’intérêt remontent certes mais demeurent historiquement faibles, ce qui stimule l’endettement, la création monétaire et donc accroît la liquidité. Les banques centrales achètent des dollars pour pouvoir intervenir sur le marché des changes afin d’éviter l’appréciation de leur monnaie (Les réserves en dollars de la Banque centrale chinoise s’élève à 1200 milliards de dollars.) Les pays producteurs de pétrole ont des Fonds à placer (pétrodollars). Pour comprendre le paradoxe, il faut savoir que la liquidité « est une fusée à deux étages ». Comme nous venons de le démontrer, la première partie de la fusée, l’économie, est liquide. Par contre, c’est la deuxième partie de la fusée, le marché interbancaire, qui est illiquide. Les banques, par défiance, ne se prêtent pas entre elles. Par conséquent, leur refinancement devient difficile et plus coûteux. (La huitième banque britannique a fait faillite : les épargnants anglais font la queue pour récupérer leur épargne).

3-La crise est-elle finie ?

Hélas, il semble que ce n’est pas le cas.
 La baisse des prix se poursuit. La correction de la bulle n’est pas terminée.
 Les banques demeurent toujours réticentes pour se prêter à court terme. Pour preuve, les taux à trois mois sont plus élevés que les taux au jour le jour.
 La baisse est tout de suite enregistrée dans les comptes des banques. La question qui se pose est la suivante : quelles sont les moins values auxquelles les grandes banques américaines et allemandes sont exposées ?

4-Quelles sont les conséquences de la crise ?

• L’augmentation des spreads de signature rend plus difficile le financement des PME. En raison de l’abondance de liquidité et de la sous-évaluation du risque, les spreads de signature étaient faibles. Aujourd’hui, ils augmentent : les banques, les emprunteurs se financent à un taux plus élevés. Cela risque de rendre plus difficile le financement des PME. • Les banques vont être plus sélectives. Le crédit crunch(« l’arrêt du crédit » ) est a écarter : Avant la crise, les banques avait des rendements sur fonds propres compris entre 20 et 25%, qui permet d’amortir la crise.

  1. • La fragilité du dollars est renforcée : La croissance américaine avoisine les 2.5/ 3% (elle est inférieure à la croissance française et européenne). Les incitations à investir aux USA sont moindres, ce qui ralentit la demande du dollar et joue en faveur de sa dépréciation.
    La FED est réactive, la baisse du taux d’escompte et les taux des fonds fédéraux à la différence de la BCE qui maintient ses taux (Mr de Boissieu fait remarquer à juste titre que l’inflation s’est déplacée du marché des biens et services vers le marché des actifs. Par conséquent, l’objectif de la BCE de maîtrise de l’inflation perd son sens dans ce contexte !)Le différentiel des taux joue en défaveur du dollar. De plus, le Yen et le Huian sont arrimés sur le dollar.
  2. • Est-ce que la croissance des grands pays émergents peut compenser le ralentissement de la croissance US ? Cela semble probable tant qu’il n’y a pas de récession aux USA. • Les innovations financières rendent difficiles la traçabilité des risques. La question de la transparence de l’information se pose. A quel niveau agir. L’europe a été trop absente de cette risque.


1/ La crise est-elle finie : il partage le constat de Christian de Boissieu. Un million de ménage ont vendu leur logement aux EU, cela n’est qu’un début. La défiance entre les banques persiste Les conséquences de cette crise sur l’économie mondiale sont à redouter A moyen terme, les sources d’inquiétudes ne sont pas à sous-estimer : certes depuis 1987, les banques centrales font le nécessaire pour éviter les catastrophe mais cela se fait au prix d’une injection de liquidité de plus en plus abondante….

2/ Il faut remettre en cause le régime de croissance dominé par le marché financier : le poids de la finance dans l’économie mondiale a cru depuis le début des années 80. La pression qu’exerce le marché financier sur l’économie réelle et sur la gestion des entreprises affecte le marché de l’emploi notamment et les choix industriels. Comment ? Il n’est pas question de revenir à une régulation étatique. Il s’agirait de conférer de nouveaux pouvoir aux salariés dans la gestion de l’entreprise.

3/ Dans ce contexte, quelle responsabilité du crédit, des banques centrales… Sans l’aide des institutions monétaires, la spéculation ne peut pas se nourrir : c’est l’effet de levier qui la fait prospérer. (Cf LBO) Les banques centrales disposent d’instruments diversifiées pour intervenir (injections massives de liquidités, baisse du taux d’escompte, du taux directeur principal, fonds de secours…) La sélectivité des crédits ne doit pas être laissée aux marchés. Les banques centrales doivent influencer le comportement des banques. La bonne santé de l’économie réelle en dépend..

Des questions d’un très haut niveau sont posées par le public …Le débat est ouvert… Le Café sciences sociales se termine…les collègues se sont retrouvées, ont assisté à des interventions de grandes qualités…c’est cela le café sciences sociales…nous vous attendons cordialement pour le prochain café qui aura lieu au mois de décembre sur le thème de l’immigration.

Laurence Bénaïm.

 

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